Nous sommes confrontés encore une fois cet été à de nombreux incendies dont l’ampleur est historique. Plus de cent mille hectares sont partis en fumée dans la Drôme, l’Aude, la Seine-et-Marne, la Gironde ou le Var… et en Ardèche, même si nous avons été un peu moins touchés pour l’instant. Désormais, aucun massif n’est épargné, même dans le nord de la France.
Nous sommes forcés de constater les effets bien réels du dérèglement climatique qui amplifie les épisodes caniculaires : plus longs, plus chauds, plus précoces. Les incendies sont non seulement plus nombreux mais aussi plus importants car nos paysages et nos territoires ruraux ne cessent de se refermer et de s’embroussailler suite à la disparition d’un nombre croissant de paysans et surtout d’éleveurs ! Le feu trouve donc sans peine de plus en plus de combustible à « consumer » lorsqu’il a démarré !
En France, depuis 1945, tous les 7 ans, c’est l’équivalent de la superficie d’un département qui se boise. En Ardèche, nous sommes passé en 150 ans de 8 % à 55 % de couvert boisé qui remplace en grande partie des parcelles agricoles abandonnées, conséquence d’une déprise agricole généralisée et touchant notamment l’élevage pastoral Cette évolution, encouragée par les politiques publiques d’après-guerre, a permis de faire de la forêt une caisse d’épargne, aujourd’hui elle devient une bombe à retardement.
Les choix de plantations de monoculture de résineux (pins et douglas) et l’augmentation des zones de déprises agricoles non pâturées ne font qu’aggraver ce potentiel brasier. La question brûlante du moment n’est donc pas de savoir si des incendies vont se déclencher mais plutôt où, quand et comment !
La chute drastique du nombre de fermes n’est pas sans conséquence sur le milieu. Sous les arbres, c’est la végétation herbacée qui brûle et véhicule les flammes. La solution pour lutter contre les incendies ne peut donc se résumer à l’intervention des pompiers de plus en plus difficile dans nos milieux escarpés et au nombre de canadairs largement insuffisants.
Une solution simple est devant nous : nous avons besoin de troupeaux pastoraux plus nombreux qui parcourent nos espaces ruraux pour réduire la masse de combustible et maintenir les milieux ouverts ! Le pastoralisme est un véritable levier pour lutter contre les incendies, puisque les animaux valorisent la ressource en herbe, ligneux et broussailles localement, de manière extensive et en plein air.
Nous avons besoin d’encourager l’installation de nombreux éleveurs et éleveuses qui produisent une alimentation locale tout en maintenant une campagne vivante !
Tous ces enjeux nécessitent une politique ambitieuse, c’est pourquoi nous revendiquons un plan de mesures fortes et urgentes :
- Encourager l’installation pastorale (surprime Jeune Agriculteur, travail foncier avec les collectivités locales, …) et favoriser la pratique du pastoralisme au lieu de la restreindre toujours un peu plus via des mesures dissuasives (telles que les nouvelles règles PAC contrôlant la mise à disposition du foncier) .
- Faire voter une loi pastorale qui reconnait le rôle majeur des troupeaux dans la lutte contre les incendies… et instaure un droit d’usage pastoral du foncier qui prime sur le droit de la propriété privée afin d’obliger l’entretien des parcelles face aux pratiques d’enfrichement volontaire à des fins de spéculation foncières.
- Renforcer la mise en place d’Association Foncière Pastorale et de Comités Locaux à l’Installation agricole, via le rôle des Plans Pastoraux Territoriaux, qui permettraient de regrouper et sécuriser le foncier disponible pour faciliter l’installation paysanne (bourse aux pâturages, …).
- Favoriser la formation aux techniques pastorales pour les éleveurs et soutenir les organismes qui animent cette dynamique (brûlage dirigé, gestion de l’herbe, des parcours et de l’intérêt pour la ressource ligneuse, …).
- Soutenir la sélection génétique des races d’animaux rustiques et résilientes issues de nos territoires.
- Accentuer la communication autour du pastoralisme.
- Généraliser une Mesure Agro-Environnementale et Climatique (MAEC) spéciale feu qui encourage l’obligation de pâturage de certaines zones surtout au printemps et en été.
- Permettre dans le cadre de la PAC le pâturage des regains suite à la fauche sur des parcelles déjà déclarées par les agriculteurs principaux sans que ceux-ci ne soient inquiétés par des contrôles et sanctions.
- Organiser un travail conjoint entre les forestiers et les éleveurs afin de réfléchir ensemble à la forêt de demain. La dent de nos ruminants n’est pas l’ennemi de la forêt ! Ce travail passe entre autres sur le choix de ce que nous voulons comme forêt pour demain (choix des essences, choix économiques pour valoriser la filière bois sur un usage plus local comme la construction, …).

merci infiniment pour votre message…poursuivre absolument cette information et l’ action auprès de ceux qui sont au pouvoir!
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